|
C'est dans la petite chapelle de Notre-Dame du Haut, en Trédaniel (22), qu'étaient conservées les statues des « saints guérisseurs » ; mais la plupart d'entre-elles provient en réalité d'une autre chapelle, aujourd'hui disparue, la chapelle de La Magdeleine, dépendante de l'abbaye de Saint-Melaine de Rennes. La Magdeleine était une maladrerie c'est-à-dire… un asile pour les malades et miséreux. On comprend mieux ainsi la place accordée à des « saints guérisseurs » en de tels lieux… D'ailleurs, il semble qu'il existait alors une autre statue, représentant saint Clair, qui disparut probablement lors du transfert des statues de La Magdeleine à Notre-Dame du Haut, sans doute peu avant la Révolution. Saint Hubert, quant à lui, ne semblait pas appartenir à ce panthéon primitif. Récemment, Bertrand L'Hôtellier a montré que seule la statue de « Sainte Eugénie » était attachée à Notre-Dame du Haut, et plus précisément à la source voisine, et révélé sous une appelation romaine, l'identité véritable du personnage sanctifié, une identité celtique ; il s'agît en réalité de saint Tujan (ou Tujen), qui vécut dans la seconde moitié du Ve siècle et mourut au début du VIe dans l'abbaye de Daoulas qu'il commandait. Or Tujen est lié à des pratiques rituelles remontant à l'Antiquité et mettant en œuvre des feux et des bougies. Culte solaire ? Nous l'ignorons mais ces pratiques (couronne ou ceinture de bougies) sont attestées depuis le Haut Moyen-Age dans toute l'Europe, jusqu'en Suède où elles s'exercent à travers le culte de sainte Lucie (qui fut énucléée…). Près de Trédaniel, elles sont signalées à Morieux par exemple. Le culte s'est maintenu à Trédaniel jusqu'au début du XXe siècle, bien qu'un peu transformé : ainsi, les personnes qui sollicitaient saint Ivertin pour guérir des maux de tête devaient orner leur tête d'une couronne de bougie qu'ils brûlaient ensuite aux pieds du saint ; celles qui voulaient obtenir de saint Mamère la guérison des coliques devaient se ceinturer de bougies qu'ils brûlaient ensuite de la même manière. Peu avant la Révolution, la chapelle de La Magdeleine étant délabrée, ses statues sont transférées à Notre-Dame du Haut où elles sont négligées. Méprisées par les « spécialistes » de l'époque, elles n'en attirent pas moins les foules et deviennent une source de revenus considérable pour la Fabrique qui les valorise (non sans les dénaturer…) et dispose dans l'aile de la chapelle les six statues autour de celle de sainte Eugénie. Dès lors, leur célébrité s'accroît sous le vocable des « Sept saints guérisseurs de Notre-Dame du Haut » et on attribue aux statues des vertus nouvelles ; le clergé, quant à lui, cherchant à « franciser » ou « latiniser » les saints d'origine celtique, parle désormais de « saint Hervé » pour Hourniaule et de « sainte Eugénie » pour Tujan. Les « saints guérisseurs » de Notre-Dame du Haut n'ont rien d'original en soi. A Trédaniel, même, d'autres statues de saints thaumaturges existaient, telle celle de « saint Fiacre » autrefois visible dans l'église paroissiale (aujourd'hui disparue, elle aussi…). Mais le groupe qu'ils formaient représentait un panthéon unique et surtout leur intérêt provient de l'importance qu'ils ont occupé deux siècles durant dans la culture locale.
|
|